Note doctrinale — Pilier II
II

École 2040, éducation et transmission

Doctrine, architecture et plan d'action pour refonder le système éducatif français

Mai 2026 · 38 pages

Cette note propose les fondements doctrinaux, l'architecture institutionnelle et le plan d'action opérationnel d'une refondation du système éducatif français à l'horizon 2040, dénommée "L'École 2040".

Le constat

Le système éducatif français, hérité du modèle taylorien-républicain du XIXᵉ siècle, n'est plus en mesure de remplir ses missions. Décrochage scolaire massif (près de 80 000 jeunes par an), explosion des troubles anxieux et phobies scolaires chez les 12-25 ans, déclassement objectif du diplôme, inadéquation entre les compétences enseignées et les métiers émergents (intelligence artificielle, mobilité électrique, économie de l'influence, transition écologique, soin), neurodiversité ignorée : la France forme une partie significative de sa jeunesse à des compétences que l'économie réelle ne demande plus, tandis que des autodidactes équipés d'intelligence artificielle bâtissent en quelques mois des activités à plusieurs millions d'euros.

La thèse

L'école d'aujourd'hui n'est pas perfectible à la marge : elle doit être refondée. Non pas privatisée, ni livrée à un solutionnisme technologique, mais reconstruite autour d'une nouvelle alliance entre le commun républicain (socle culturel, civique et linguistique), la personnalisation rendue possible par l'intelligence artificielle, l'ancrage territorial, l'apprentissage par projet réel, et la mobilité internationale précoce.

La méthode

La note propose une doctrine en sept piliers et, surtout, une recomposition complète de l'architecture des âges scolaires. Cette architecture en cinq phases organiques constitue le cœur de la proposition. Elle remplace la séquence administrative maternelle-primaire-collège-lycée-université par cinq périodes calées sur les seuils réels du développement humain : Éveil (0-6 ans), Fondations (6-12 ans), Exploration (12-15 ans), Spécialisation par alternance (15-18 ans), Apprentissage tout au long de la vie (18 ans et au-delà).

Le cadrage politique

L'École 2040 se défend de manière transpartisane : souveraineté éducative gaullienne, égalité des chances mitterrandienne, pragmatisme adéquationniste libéral, bien-être et écologie pratique sociétale. Aucune force politique structurée ne peut s'y opposer sans s'aliéner une part de son propre électorat. Le projet est conçu pour être porté en lien direct avec la prochaine séquence régionale de 2028 en Hauts-de-France, et en synergie avec les autorités étatiques compétentes (Éducation nationale, Travail, Affaires étrangères, Compétences).

Les cinq métiers-pilotes

La phase expérimentale (2026-2027) prototype simultanément cinq filières construites comme une réponse directe aux mutations économiques en cours :

  • Métiers de l'influence et de la création de contenu.
  • Métiers des batteries et de la mobilité électrique.
  • Métiers de l'esport et du jeu vidéo.
  • Métiers du sport-santé-bien-être.
  • Métiers de l'intelligence artificielle appliquée.

Le calendrier indicatif

Septembre 2026 : ouverture d'un pilote en Hauts-de-France (50 apprenants). Septembre 2027 : extension à 200 apprenants et signature des premiers partenariats internationaux (Chine, Pologne, Maroc, Afrique francophone). 2028 : ouverture des premiers parcours internationaux. 2030 : réseau de Maisons École 2040 dans cinq régions françaises. 2040 : doctrine intégrée à la refondation républicaine de l'enseignement.

I. Diagnostic — La fin d'un cycle scolaire de cent cinquante ans

1. Une école conçue pour un monde disparu

L'école française telle qu'elle existe en 2026 est, dans ses structures profondes, l'école de Jules Ferry — c'est-à-dire l'école d'un monde où l'on formait des ouvriers pour l'usine, des employés pour l'administration, et une élite pour l'État. Journée de sept heures assises, sonneries, classes par âge, programmes uniformes, examens terminaux : le modèle est taylorien et industriel. Il a accompli sa mission historique : alphabétiser un peuple, former des cadres, transmettre la République.

Mais l'économie qu'il servait n'existe plus. La société non plus. Et l'enfant que ce système suppose — docile, capable de tenir assis sept heures par jour, indifférent aux écrans, formaté pour des cycles de quatre à six ans — n'existe plus non plus, ou n'a probablement jamais existé qu'à la marge.

2. Six fractures structurelles

Fracture économique

Les compétences les plus valorisées en 2026 — capacité à dialoguer avec une intelligence artificielle, à concevoir et diffuser du contenu, à piloter un projet transversal, à coopérer en équipe internationale, à innover en environnement contraint — ne figurent pas, ou ne figurent que par accident, dans les programmes officiels. À l'inverse, l'école continue de consacrer un temps massif à des contenus que l'élève pourra demain produire ou retrouver en quelques secondes via une intelligence artificielle conversationnelle.

Fracture cognitive

Les neurosciences éducatives, depuis vingt ans, démontrent que l'attention soutenue chez un adolescent excède rarement vingt à vingt-cinq minutes, que l'apprentissage se consolide par la répétition espacée et l'engagement actif, et que la sédentarité prolongée altère significativement les fonctions cognitives. L'école française reste pourtant l'un des systèmes occidentaux les plus rigides sur ces points, avec des journées plus longues, des récréations plus courtes, et des pauses moins nombreuses que ses voisins.

Fracture psychique

La crise de santé mentale chez les 12-25 ans est désormais documentée à un niveau qui n'autorise plus l'évitement. Phobies scolaires, troubles anxieux généralisés, épisodes dépressifs, idéations suicidaires : les indicateurs progressent de manière continue depuis le milieu des années 2010. L'école, qui devrait être un espace de protection et d'émancipation, est devenue pour une partie significative de la jeunesse un facteur de souffrance.

Fracture neurodéveloppementale

Les enfants neuroatypiques — hauts potentiels, trouble du déficit de l'attention, dys, troubles du spectre autistique, hypersensibilités — représentent désormais une part importante de la population scolaire, soit en raison d'une meilleure détection, soit en raison d'une réelle augmentation. L'école française, conçue pour un enfant médian fictif, échoue massivement à les accompagner, et les enferme trop souvent dans des trajectoires d'échec qui pèsent ensuite sur leur vie entière.

Fracture sociale

Le diplôme, jadis instrument d'ascension républicaine, devient instrument de reproduction. Les enquêtes PISA confirment depuis quinze ans que le système français est l'un des plus inégalitaires d'Europe, et que la corrélation entre origine sociale et réussite scolaire s'y est même renforcée. Ce constat dévaste la promesse fondatrice de l'école républicaine.

Fracture symbolique

Enfin, une fracture plus profonde, qui n'est pas mesurable par les indicateurs ordinaires : la perte de sens. L'élève moderne ne croit plus que l'école lui ouvrira sa vie. Il voit autour de lui des autodidactes équipés d'intelligence artificielle bâtir, en quelques mois, des activités économiques que vingt ans de scolarité ne préparent plus à produire. Cette dévalorisation symbolique, plus que toute crise budgétaire, fragilise l'institution.

3. Ce qui doit être protégé

Aucune refondation crédible ne peut faire l'économie de ce qui, dans l'école républicaine, constitue un acquis irremplaçable. Quatre fonctions doivent être préservées et même renforcées :

  • La fonction d'égalité républicaine : l'école comme lieu de rencontre entre milieux sociaux et de redistribution effective des chances.
  • La transmission d'un socle commun : langue, histoire, géographie, civisme, esprit critique, sans quoi il n'y a plus de Nation.
  • La socialisation horizontale : l'apprentissage de la vie avec ceux qui ne nous ressemblent pas.
  • La laïcité comme cadre protecteur, permettant la coexistence des consciences.

Toute proposition de refondation qui négligerait ces fonctions ne serait pas une refondation, mais une privatisation déguisée. L'École 2040 les place au contraire au centre de son architecture.

II. Doctrine — Les sept piliers de L'École 2040

L'École 2040 ne se définit pas d'abord par un programme, mais par une architecture. Sept piliers la structurent. Chacun répond à une fracture identifiée. Ensemble, ils dessinent un modèle pédagogique cohérent, soutenable, exportable.

Pilier 1 — L'apprentissage modulaire et empilable

Sortir du modèle des "années" pour aller vers un modèle de modules certifiants empilables. Un apprenant accumule, tout au long de sa vie, des unités de compétence qui se combinent en titres, puis en diplômes. Cette logique, déjà éprouvée par France Compétences à travers le Répertoire Spécifique et le Répertoire National des Certifications Professionnelles, peut être généralisée à l'ensemble du parcours éducatif. Elle rend possibles les sorties et les ré-entrées, les reconversions, les pluri-spécialisations, l'apprentissage tout au long de la vie.

Pilier 2 — L'école hors les murs

L'école cesse d'être un lieu unique pour devenir un écosystème. Salles de classe, tiers-lieux, entreprises partenaires, gymnases, espaces naturels, environnements numériques, plateformes internationales : l'apprentissage se déploie dans une diversité de lieux et de temporalités. Le modèle de la classe close de trente élèves devient une modalité parmi d'autres, non plus la modalité dominante. Cette approche est cohérente avec les tiers-lieux que développent déjà les territoires, et avec les politiques régionales d'aménagement.

Pilier 3 — L'IA tuteur, l'humain mentor

L'intelligence artificielle prend en charge la fonction d'explication et de personnalisation : elle s'adapte au rythme de chaque apprenant, lui propose des exercices calibrés, identifie ses zones de fragilité, lui parle dans sa langue, à son niveau, à toute heure. Cette fonction, que l'enseignant humain ne pouvait plus assurer face à des classes de trente, est désormais déléguée à la machine. L'humain — enseignant, mentor, tuteur — se concentre sur ce que la machine ne fera jamais : la transmission du sens, l'accompagnement existentiel, la formation au jugement, l'éthique, la relation. Cette inversion des rôles n'est pas une dévalorisation de l'humain : elle est, au contraire, son recentrage sur sa fonction la plus haute.

Pilier 4 — Le projet réel comme méthode

L'apprentissage par projet remplace, là où c'est pertinent, l'apprentissage par matière. Les apprenants produisent — un livre, un événement, une analyse, un produit, un service, un dispositif — et c'est par cette production qu'ils acquièrent des compétences transversales : recherche, synthèse, négociation, planification, communication, gestion de l'incertitude. L'évaluation se fait par portfolio plutôt que par examen terminal. Ce modèle est déjà éprouvé dans les meilleures formations professionnelles, et il est cohérent avec la philosophie de l'apprentissage par alternance.

Pilier 5 — Les nouveaux métiers comme moteur

L'École 2040 forme à ce que l'économie réelle demande, en anticipation. Cinq filières sont prototypées en phase 1 : influence et création de contenu, batteries et mobilité électrique, esport et jeu vidéo, sport-santé-bien-être, intelligence artificielle appliquée. Ces filières ne sont pas choisies par opportunisme conjoncturel : elles correspondent à des marchés en croissance structurelle de plus de 15 % par an, à des besoins de recrutement non couverts, et à des compétences que les filières traditionnelles ne forment pas ou peu.

Pilier 6 — L'international dès douze ans

La mobilité internationale, aujourd'hui réservée à une élite ou à une fin de cursus, devient un élément structurel du parcours. Dès douze ans, les apprenants effectuent des séjours de coopération éducative à l'étranger, suivent des modules en partenariat avec des établissements étrangers, et préparent des certifications internationales. L'École 2040 ouvre ses parcours dans quatre géographies prioritaires : Chine, Pologne, Maroc, Afrique francophone.

Pilier 7 — Le bien-être comme matière fondamentale

Le mouvement, le sommeil, l'alimentation, la santé mentale, la régulation émotionnelle et la connaissance de soi ne sont plus des options, mais des composantes centrales du curriculum. Cette ambition s'appuie sur les recommandations convergentes de l'OMS, de l'OCDE et de l'Académie nationale de médecine, ainsi que sur l'expérience accumulée des Maisons sport-santé et des dispositifs de prescription d'activité physique adaptée.

La suite de cette note

Le programme opérationnel et la stratégie politique
sont accessibles aux signataires du manifeste.

Cette note se poursuit avec son programme opérationnel — les mesures concrètes que Refondation propose — et sa stratégie politique : alliances naturelles, calendrier de déploiement, articulation avec les autres notes du corpus.

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